En clair · Économie de l'IA

L'IA a besoin de 4 gigawatts. Ou de 40. C'est selon.

Dessin de presse : deux experts pointent un même cadran d'électricité, l'un sur 4 GW, l'autre sur 40 GW, tous deux sûrs d'eux.
Visuel IARH Consulting · En clair : « 4 ou 40 ? Oui. ».

En clair : nous prenons un sujet sérieux et nous le disons crûment. La satire vise la situation et le discours, jamais les personnes. La version rigoureuse et sourcée est juste ici.

Deux institutions françaises, une seule question : combien d'électricité pour l'intelligence artificielle ? RTE répond environ quatre gigawatts. Mistral répond quarante. Un facteur dix les sépare, et aucune des deux ne paraît troublée par l'écart.

Traduisons.

Ce que dit RTE : la France est en situation d'abondance électrique, et le vrai risque serait de gâcher cette fenêtre. En clair : nous avons trop d'électrons, et cela nous inquiète. C'est une angoisse de riche, mais c'est une angoisse quand même.

Ce que dit Mistral : l'IA est une infrastructure, on y fait entrer des électrons et on en sort des jetons, et il en faudra quarante gigawatts pour rester souverain. En clair : donnez-moi l'équivalent d'une trentaine de réacteurs nucléaires, et je m'occupe du reste. La demande est formulée avec le calme de quelqu'un qui commande un café.

Dessin de presse : un marchand vend des barils « électrons » à prix dérisoire, pendant qu'un autre revend de minuscules fioles « jetons IA » à prix d'or au même client.
Le pétrole, en plus bête : vendre l'électron brut, racheter le jeton raffiné.

On y ajoute une image : vendre son électricité sans la transformer, c'est exporter son pétrole brut pour racheter ensuite son essence raffinée, plus cher. La comparaison est juste. Elle a aussi l'élégance de faire de celui qui raffine le maillon indispensable.

Reste l'écart. Quatre, ou quarante. Dans n'importe quelle autre discipline, deux experts qui divergent d'un facteur dix déclencheraient une vérification. Ici, on appelle cela un débat prospectif, et on passe au point suivant de l'ordre du jour.

Le détail amusant, c'est que personne n'a besoin d'avoir raison aujourd'hui pour que la facture, elle, se règle aujourd'hui. On choisit maintenant où implanter les centres de données et combien de capacité réserver. On saura dans cinq ans lequel des deux récits était le bon. À ce moment-là, les décisions seront prises depuis longtemps.

La vraie question n'est donc pas « 4 ou 40 ». Elle est : qui accepte de parier la politique énergétique d'un pays sur un chiffre dont la fourchette va du simple au décuple. Pour l'instant, la réponse est : tout le monde, et personne en particulier.

Lire l'analyse complète, sourcée et sans ironie

Voir toutes les éditions « En clair »

Retour à tous les regards